La rue était vide. Déserte. On voyait une boule de papier poussée par le vent, comme dans les vieux westerns, et le soleil déclinait au loin. Le silence était pesant mais je n’aurais pas été surprise d’entendre hennir un cheval ou les portes battantes d’un saloon s'ouvrir à la volée. Puis c’est arrivé.
Subitement. Extraordinairement. Merveilleusement. Dans un « sboiiiiinnng » phénoménal, le Chéri s’est écrasé le pif contre le seul poteau de la rue. Le poteau horriblement peint en bleu. Le poteau immense. Le poteau qu’on voit à dix mètres de là.
Je n’ai presque pas rigolé. Presque pas. Et devant le regard assassin du Chéri, j’ai promis de ne pas me moquer.
Oui. Mais je n’ai jamais promis de ne le raconter à personne ...!
Citation du jour :
"On peut rire de tout. Tant que ça arrive aux autres. »
Il est temps que je m’organise et que je mette sur pieds un plan d’attaque. Parce qu’à partir de demain ma vie va se transformer en parcours du combattant : 35 heures par semaine d’un boulot alimentaire, préparation de mon concours de scénariste pour le ciné et la télé, rédaction de mon blog puisqu’il y a des lecteurs assez fous pour y passer régulièrement, scénarisation et storyboardisation (ça se dit, si j’veux !) de planches pour préparer mon tout premier album BD (à raison de une à deux par jour, la routine quoi !), création de scénarios pour divers dessinateurs … Accessoirement ce serait bien aussi que je trouve du temps pour manger, aller faire pipi au moins une fois par jour, prendre une douche (une par semaine faut pas déconner, je n’ai plus le temps pour davantage), et peut-être dormir, des fois, des micros sommeils réparateurs de dix secondes …
Je sens que ça va aller, je vais gérer, je … Où sont mes amphèt’ ?????
Citation du jour :
"Tout corps plongé dans l’eau reçoit un coup de fil. »
Confortablement installée dans mon train, je regardais défiler les stations avant de sombrer dans un sommeil éphémère mais suffisamment long pour me laisser le temps de rêver. J’étais une tueuse à gage à la poursuite d’un homme balafré et violent. (NB : penser à consulter un psy très rapidement). Je le coursais dans des ruelles sombres et humides, bien décidée à en découdre. J’étais armée d’un Famas emprunté par la force quelques instants plus tôt à un légionnaire qui passait par là (NB : essayer de ne pas trop effrayer le psy lors de la première consultation). Et j’allais justement rattraper le fuyard pour lui passer le savon du siècle et terminer le travail en lui flanquant une balle entre les deux mirettes (NB : vérifier si papa n’étais pas un tueur en série, ce qui expliquerait pas mal de choses.) lorsqu’une passante m’a bousculée. Et le Famas a glissé de mes mains.
C’est à ce moment précis que le train a freiné violemment, me réveillant en sursaut. Et dans un demi coma, encore perdu entre songe et réalité, j’ai demandé à ma voisine d’une voix rauque et pâteuse : « Z’auriez pas vu mon flingue ?! »
C’est étrange. Toutes les personnes assises autour de moi ont subitement dû descendre à la station suivante.
Citation du jour :
« Avoir des enfants n’est pas à la portée de toutes les bourses. »
C’est horrible. Et encore le mot est faible. D’ailleurs « c’est horrible », c’est un euphémisme. Parce qu’en réalité, ça ressemble vaguement à une pâte à gâteau pas assez cuite (je le sais, j’en fais souvent). En plus liquide. Et beaucoup moins sucrée. Il y a bien quelques grumeaux de-ci, de-là, qui s’accrochent désespérément à la petite cuillère … Et un vague goût de chocolat périmé aussi. D’ailleurs, c’est écrit sur la boîte : « saveur chocolat ». Saveur chocolat … Moi, naïvement, j’ai traduis ça par : 100% rochers Suchard et Smarties. Erreur. Très grossière erreur.
Et je comprends maintenant pourquoi ça fait maigrir ce #@^^%$ de substitut de repas ! Ca fait maigrir parce que c’est imbouffable !
Et j’en ai acheté des caisses et des caisses entières …
Citation du jour :
« Il ne faut pas frapper un ennemi à terre … Mais quand alors ?! »
Je travaille dans un grand et beau musée qui accueillera bientôt une grande et belle exposition temporaire. La moitié des salles est donc actuellement en travaux et ce matin je me suis vue contrainte et forcée d’aller voir à quoi ressemble un « chantier artistique ».
Munie de mon joli casque jaune qui me faisait ressembler à un Village People j’ai donc suivi le chef de chantier tout en le prévenant : « Vous savez, je ne suis pas très adroite et je risque de … » Réponse : « Mais non, mais non !!! » Bien. Encore un qui ne me connaissait pas …
Première salle : je n’ai pas vu arriver l’escabeau. Je suis rentrée dedans de plein fouet et j’ai malencontreusement fait tomber le bonhomme qui tenait là-dessus en équilibre précaire.
Seconde salle : je me suis prise les pieds dans le fil d’une perceuse. Le câble s’est arraché du mur dans un « craaaac » sonore. Coupure de courant.
Troisième salle : il y avait un joli sceau avec une jolie peinture d’une jolie couleur. J’ai trempé le doigt, juste pour voir ce que ça donnerait en vrai, sur moi. Et là le chef de chantier qui n’en pouvait déjà plus a hurlé : « Malheureuse ! C’est complètement indélébile ! »
C’est certainement ce qui explique que mon doigt doive encore tremper pendant une heure dans du dissolvant. Et que j’ai reçu l’ordre formel de ne plus quitter mon bureau… Décidément, les gens ne savent pas ce qu’ils veulent !
Citation du jour :
« Octobre : mois de mai des canards. »
Hier soir ? Boaf. Classique. Très classique.
Resto. En arrivant j’ai malencontreusement ravagé une lampe et un verre en les faisant tomber de la table. Le gentil serveur a balayé les éclats répandus partout au sol pendant que la salle murmurait « Tu as vu ?! Y’en a qui savent vraiment pas se tenir ! » ou « Mais tu crois qu’elle l’a fait exprès ??!!! ».
Ensuite, et bien que je ne sache toujours pas comme c’est arrivé (l’émotion d’avoir détruit une lampe en moins de dix secondes chrono n’y était certainement pas pour rien), j’ai sniffé. De la poudre de piment je veux dire. Et mon nez a donc, fort logiquement, quintuplé de volume. J’ai prétendu que ça ne me dérangeait pas. Dignement.
Puis je me suis enfermée dans les toilettes … Bloquée quoi … Et une fois libérée (parce qu’avec l’expérience je suis devenue une véritable Mac Gyver des serrures) j’ai raté une marche en retournant à table. Mais pour une fois, miraculeusement, j’ai réussi à rétablir un équilibre certain et je ne me suis pas étalée de tout mon long dans la salle bondée.
Pour fêter ça, j’ai demandé une crème brûlée au serveur. « Je suis navré mais nous venons de servir la dernière. » Qu’importe ! Il n’a qu’à me servir un café gourmand, je ne suis pas une enquiquineuse. « Je crains bien que nous n’en ayons plus. Non plus. »
Hier soir ? Boaf. Classique. Très classique.
Citation du jour :
« De toutes les aberrations sexuelles, la chasteté est la pire. »
Horoscope du jour : « Il est temps de prendre soin de vous ! Attention aux excès en tous genres. Remplacez le chocolat par de la salade et le gin par de l’eau de source."
Encart publicitaire : « Pour votre santé, ne mangez ni trop sucré, ni trop salé, ni trop gras. »
Courrier : « Gym Club vous propose six mois d’abonnement au prix de cinq. Perdez vos kilos, pas votre argent ! »
E-mail : « Pretty plantes : cinq tisanes par jour pendant une semaine = deux kilos en moins. Vous en rêviez ? Pretty plantes l’a fait ! »
Message radio : « 804 : 8 jours, 0 effort, 4 kilos en moins. Appelez le … »
Le monde entier s’est ligué contre moi …
Citation du jour :
« L’anglais ce n’est jamais que du français mal prononcé. »
2, 1, 0, -1, -2, -3. J’étais arrivée à destination. L’ascenseur a stoppé sa descente. Il a émis ce « bip » particulier à tous les ascenseurs qui arrivent en fin de course puis un inquiétant « zwiiing » venu de nulle part et … Et plus rien. J’étais debout, immobile, anxieuse devant ces portes qui refusaient de s’ouvrir pour me rendre ma liberté. Mais j’ai lutté courageusement pour ne pas céder à la panique tout de suite. J’ai respiré par le ventre, ouvert mes shakras aux ondes positives, psalmodié deux ou trois paroles de magie noire dans le but (vile) d’effrayer les portes et de les forcer à s’ouvrir. Tout ceci sans le moindre succès. Evidemment.
Le gros bouton rouge (celui sur lequel est inscrit « Si l’ascenseur s’arrête entre deux étages, ne paniquez pas, nos dépanneurs seront là en quelques minutes ») m’appelait de sa voix mielleuse. Alors j’ai appuyé.
« Sécurité j’écoute ! »
« Euh … Oui … C’est Lili … Encore … Je suis coincée au – 3 dans l’ascenseur. Les portes ne veulent pas s’ouvrir … »
« Tournez-vous. »
« Pardon ? »
« Tournez-vous ! »
J’ai pensé qu’il voulait s’assurer que je n’étais pas armée. Peut-être. Alors docile, je me suis retournée, prête à lever les mains s’il le demandait. Et là, stupeur. La porte de derrière était grande ouverte. Cette seconde porte à laquelle on ne fait jamais attention. Cette seconde porte qui ne devrait pas exister. Cette seconde porte créée par un ingénieur en ascenseur dans le seul but de me faire honte un jour.
« Euh … Merci… »
Et là, comme si ça ne suffisait pas, le gars de la sécurité a répondu :
« Ouais, ouais c’est ça … Aller, à bientôt ! »
Citation du jour :
« Celui qui ne se plante jamais n’a aucune chance de pousser. »
On fait tous des erreurs dans la vie. Mais c’est vrai, moi j’en fais tous les jours. Aujourd’hui par exemple, j’ai téléchargé la B.O. de « The Full Monty » sur mon ipod. C’est donc ce que j’écoutais ce matin en attendant vainement ma correspondance à Châtelet. Et je l’écoutais comme j’aime : très très très fort. Pour me couper du monde extérieur. Ca marche toujours très bien. D’ailleurs ce coup là, ça a marché encore mieux que d’habitude. Parce que je suis vraiment rentrée dans le truc. J’ai commencé à chantonner. Mais comme je ne m’entendais pas, c’est vite devenu de l’opéra : I NEED SOME HOT STUFF BABY THIS EVENING ! Et puis, attention aux yeux, j’ai ajouté la chorégraphie. Technique. Très technique. Parce que lorsqu’on fait les choses, il ne faut jamais les faire à moitié. Le tout a bien duré deux minutes, trois peut-être. Jusqu’à la fin de la chanson quoi … Jusqu’à cette salve d’applaudissements de la part des voyageurs qui faisaient le pied de grue avec moi sur le quai. Jusqu’à ce qu’un jeune homme s’approche et me demande : « Excusez-moi, vous nous refaites la même chose demain matin ?! »
Ca y est. J’ai des fans. Je suis une star.
Citation du jour :
« Ce n’est pas que la vie soit courte, c’est que le temps passe vite. »
Par Lili
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J’ai décidé de prendre sur moi et de faire un effort shopping. Il est temps en effet que je trouve une nuisette digne de ce nom et que je laisse tomber mon vieux tee-shirt, celui qui est tout détendu, qui fait quinze tailles de plus que la mienne et qui est, à lui seul, un anti-sexe et contraceptif hyper puissant. J’ai donc erré dans les allées d’une boutique et les bras chargés de dix modèles différents, je me suis finalement enfermée dans une cabine d’essayage. Modèle numéro 1 : trop court. Modèle n°2 : trop prostipute. Modèle n°3 : top génial excellent mais c’est un tee-shirt blanc 100% coton … Modèle n°4 : trop noir. Modèle n°5 : ah … Ah oui … Ca pourrait faire l’affaire…
Je m’extirpe donc de ma cabine, histoire d’aller admirer le résultat dans le miroir mis à disposition de toutes les acheteuses compulsives. Je tourne, retourne, reretourne. Je n’arrive pas à me décider jusqu’au moment où un type me lance :
« Vous devriez la prendre. Elle est classe. D’ailleurs je vais dire à ma copine de prendre la même. Mais je crois que vous la portez mieux qu’elle. »
Gênant. Mais flatteur. Mais gênant. Surtout que ladite copine était juste derrière lui, rouge vif (couleur que nous, femmes, prenons habituellement quand nous hésitons entre la rage incontrôlée et la jalousie absolue), tremblante et probablement armée. J’ai décidé de les laisser à leurs amours mourantes et je me suis éclipsée sur la pointe des pieds.
Mais pourquoi faut-il que même à moitié nue dans une boutique hyper branchouille où je ne fais rien de mal et ne parle à personne, les choses tournent encore à la catastrophe pour moi ?! C'est cette nuisette ! Elle est maudite !
Citation du jour :
« Si la vie n’est pas rose, de quelle couleur est-elle ? »
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